T comme maso ?

Publié le par tristesse

J'ai toujours vu mes parents s'engueuler.

Depuis toute petite, je me rappelle de leurs violentes altercations, de l'alcoolisme de mon père, de l'hystérie de ma mère, des phrases, des menaces, des insultes, des coups, des pleurs, des départs précipités de mon père jusqu'à la réconciliation  bruyante sur l'oreiller, jusqu'à ce que tout recommence...

Ma mère, féministe convaincue dans les mots nous exhortait à  ne jamais nous laisser faire par les hommes et   redevenait femme soumise  dès que surgissait mon père.

Mon père, homme de bien dans la sobriété,  infirmier, animateur à ses heures, artiste,  vomissait son machisme  et sa lâcheté dès les premières gouttes d'alcool avalées.

- "C'est la faute au manque d'argent"  nous disait-ils tous les deux.

Effectivement notre situation financière n'était pas des plus terribles.

Mais pourquoi  faire 8 enfants dans un tel contexte ? Dans un tel monde ?

Et ma mère toute joyeuse d'ajouter : mais je voulais plein d'enfants ! 

Ah oui ? Pour les élever dans le malheur et la pauvreté ? Dans la l'hystérie et l'alcoolémie  ? Dans la violence et la culpabilité ?

On devrait donner des cours d'amour dans les écoles...


Mon père aimait les femmes (beaucoup) et inversement  !

Cette raison le poussait souvent loin de chez nous de jour comme de nuit, et faisait de ses retours un supplice pour nous tous.

Ma mère, si elle n'avait pas déjà préparé et déposé le paquetage du mauvais coucheur dehors, attendait patiemment telle une aragne affamée qu'il passe le seuil de la porte pour lui faire les scènes mémorables dont elle avait le secret.

Mon père devenu maestro en terme de mensonge et de manipulation,  arrivait toujours à lui faire avaler des couleuvres et retrouver le sourire après un passage éclair dans la chambre.

Nos souffrances à nous, ils n'en n'avaient cure...

Nous étions persuadés pendant toutes ses années que la situation ne pouvait être pire.

Nous avions torts ! Le départ de notre père avec une jeunesse nous a plongé dans un cauchemar sans nom.

Les scènes, les cris, les pleurs, la violence, les insultes, le chantage,  la culpabilité, les coups n'ont pas cessés. Ils se sont justes abattus sur nous.

Cela a duré encore quelques années avant que nous ne devenions enfin majeurs et que nous puissions fuir cet enfer.

 

Tout ça pour vous dire que j'ai toujours cru que les couples s'était ça !

Et lorsqu'à mon tour quelques années et une sérieuse auto-thérapie après, je me suis mise en ménage, j'ai reproduis en toute bonne foi le seul exemple de mariage que je connaissais.

Il m'aura fallu beaucoup de temps pour désapprendre tout ce que je savais, pour perdre quelques mauvais réflexes conditionnés,  pour créer un cocon familial plus propice à l'épanouissement de mon couple et de mon  fils.

Malgré tout, il y a des restes, des traumatismes inguérissables, des dysfonctionnements aberrants, des peurs acquises hors de contrôle.

Quand je parle de masochisme dans un de mes posts, je parle de cette blessure à l'âme qui fait croire qu'il est normal de souffrir lorsque l'on aime, qu'il est normal de ne pas être aimé en retour et de continuer malgré tout à donner tout ce que l'on a, tout ce que l'on est dans  l'espoir d'obtenir un minimum de  reconnaissance.

Ma quête de la beauté,  ma croyance dans les  contes de fées, ma recherche de l'amour absolu, mon espoir jamais fatigué, mon désespoir toujours d'actualité, ma nostalgie d'un monde rêvé,  découlent directement de ce passé.

Quoi que je fasse, je ne peux m'en débarrasser.

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Publié dans nostalgie

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